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Iris Chibout à la Dépêche de Kabylie : “Il faut en finir avec la science infuse !”

Posté par ddkabylie le 8 avril 2010

Interview
Iris Chibout à la Dépêche de Kabylie : “Il faut en finir avec la science infuse !”

La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Iris Chibout : Je suis natif d’Aït-Soula, mon village, dans la localité de Chemini à Bgayet, en Kabylie. J’ai été contraint de quitter mon pays pour la simple raison que mon verbe étouffant se sentait étouffé après de moult contacts avec des maisons d’éditions locales alléguant qu’il ne répondait pas à l’esprit de leurs maisons , d’où cet envol téméraire en sachant que la tentation de mes ailes n’était qu’à ses débuts. J’ai fait des mathématiques, du journalisme et de la littérature française à Alger et aussi j’ai parfait mes études de lettres modernes à l’université Sophia Antipolis de Nice et à la Sorbonne Nouvelle de Paris.

Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
L’idée d’écrire germait en moi déjà depuis mon adolescence et s’enracinait au fil des années qui passaient, d’où cette passion tenace accompagnant cette angoisse crispante du vide, celle de se retrouver devant des pages blanches et attendre le déclic pour permettre ainsi aux envolées lyriques de tomber en communion avec cet autre espace gobeur, plus cohérent et plus clément. Je me souviens des propos de mon père quand il disait que l’écriture est un long chemin sans fin et une couleur sans apparence qui récompensent tardivement son auteur… C’est maintenant que j’en prends réellement conscience de cette allégorie, si j’ose l’interpréter de la sorte. Je conçois à présent combien le parcours est tortueux, lugubre et d’une saveur qualifiée d’alléchante et de son contraire. L’écriture, elle est cette chose fausse qu’on croit vraie, comme elle est cette vérité qu’on nourrit de fausseté. Elle est un monde noir dans lequel s’enracinent nos idées en nous limitant à vivre dans l’absolu sans toutefois parvenir à saisir le bon sens du mauvais. Chicaner sur des mots, en galvauder pour choisir un au détriment de l’autre, c’est tenir une lanterne à la main au milieu d’un brouillard épais, la vision limitée et les pensées déchantées, pulvérisées.
L’écriture est en quelque sorte comme viser l’idéal et ne jamais se satisfaire de l’incomplet, c’est ce qui nourrit son charme et pousse à persévérer dans cette irrigation sans fin et dans cette contagion sans frein des mots. La curiosité attire aussi bien une lumière, cet espoir, cette ouverture au bout d’un tunnel.
 
Voulez-vous nous présenter cette fiction ?
Dire qu’elle est une fiction, non ! Plutôt un roman peint d’une réalité voilée renvoyant un certain reflet à l’image d’une ombre chinoise dans laquelle toute âme s’identifie et se reconnaît ! Le verbe que je véhicule ne frôle point la couleur commerciale… Toucher à l’universel, sans mettre des œillères à ses visions, est, je pense, le seul moyen de faire transcender les barrières et les jougs infranchissables. « Traduire un silence » est qualifié plutôt de roman psychologique vu l’incertitude de l’être mise d’une manière où flagrante ou timide dans chacun de ses mots et dans laquelle le point d’interrogation est planté. Le roman parle d’une certaine histoire d’amour particulière à laquelle se livre une âme sensible et d’une manière platonique face à un être renvoyant à chaque fois une dualité de sa personne voire une duplicité de sa personne, toujours la même mais à chaque fois différente. Le  » moi  » impliqué est celui qui se traduit en vagabondant le pas et en se heurtant maintes fois aux aléas de la vie. La vie sociale et politique était aussi évoquée puisque on n’a pas un cœur d’airain pour ne rien ressentir face à ces oligarques pratiquant la politique de l’autruche sans être conscients de leurs responsabilités. Elle est passée où notre culture, cette tamazight tétée aux seins de nos ancêtres… Tout ce qui a été et mal fait n’est qu’un os jeté pour nous calmer. Feindre d’accepter n’est que simulacre…
 
Pourquoi ce titre poétique « Traduire un silence »?
Le titre en dit long, en dénote beaucoup de choses. Il est une métaphore irisée. Se traduire à une sorte de ressenti équivoque, tantôt fidèle à soi, tantôt trahi par soi au vu et au su de tous ses mots témoins. Le silence, il est ce tambour de mots à la fois assommants et dissonants qui tombent, en chœur, dans la matrice du cœur. Se laisser guider par son verbe a une certaine signification, unique pour soi et multiple pour autrui.
 
Y a-t-il une part autobiographique ?
Vous savez, il y a toujours une part de soi qui est traduite sur papier, même si d’une part cela nous trahit, cela nous avilit, cela nous aigrit mais de l’autre elle nous guérit car le verbe qui accompagne toute cette écriture nous place et nous classe dans cette catégorie appelée littérature lyrique véhiculant un  » moi  » hanté de désespoir et porteur d’espoir.
 
Vous vivez loin de l’Algérie. Selon vous, y a-t-il un lien entre l’exil et l’écriture ?
Mener une vie secondaire sous l’égide d’autres cieux, c’est porter la carapace d’une tortue, elle seule sait du comment elle la porte au pourquoi elle la supporte. Et le temps ne fait que drainer le sang des veines car vivre son exil en parlant de la proximité des lieues et dans l’exil en parlant de la promiscuité des mots a un rapport, certes, mais l’inspiration diffère sur tous les plans. Les soucis et l’incertain sont des paramètres qui entravent la plume en sentant sa personne loin des siens. Il faut signaler qu’on est vraiment mieux servi que par soi-même et chez soi. Je ne dirai pas que tout est oasis chez nous mais une part de sa conscience vit tout de même sa quiétude. L’exil ronge avec degrés ce que dévore le chez soi d’un coup… Je préfère ce dernier, en somme.
 
Quels sont les auteurs qui vous influencent le plus ?
Je suis toujours inspiré par tout verbe frappant, captivant car j’ai toujours lu entre les lignes et avec des arrière-pensées. Cela m’a permis de saisir l’insaisissable et de goûter à l’insatiable. La littérature n’a pas de couleur, elle est transparente, universelle à l’image d’une musique ou d’un air libre frôlant tout et touchant à tout !
 
Avez-vous des projets en chantier ?

Des projets, oui. Bientôt sera disponible mon deuxième roman  » Amoureux-nés  » chez Edilvre.com. Aussi j’ai un manuscrit en chantier qui aura pour titre  » La Finitude « . J’écris toujours quand l’inspiration me happe et vient inopinément me harceler la conscience en décadence en réclamant en retour une hygiène morale, une purification répondant aux mots bien choisis et pour à la fin se sentir soulagé en se débarrassant du fardeau bien pesant.
 
Quel est votre dernier mot ?

Le dernier mot n’existe pas, son début, oui ! Que dire ? Qu’espérer ? Que notre pays retrouve sa paix intérieure pour que l’équité et tout autre équilibre social règnent à jamais dans les cœurs des gens ! Fomenter dans l’ombre a toujours donné des êtres de l’ombre auxquels on s’est affronté et on n’est plus dans l’ère de la science infuse ! Il est temps de joindre le geste à la parole et en finir avec toutes ces momeries contredisant à chaque fois l’action. Il est temps et urgent de mettre le holà à tous ces dépassements exorbitants plongeant la société dans le néant sans savoir à quel saint se vouer, sauf à son destin calamiteux ! La politique hasardée par ce régime est désastreuse ! Ont-ils vraiment conscience de ce qui les entoure et de nous qui clamons notre désarroi ? Le silence trahit et nous trahira tant qu’on applaudit nos torts !

Interview réalisée par  Tarik Djerroud

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