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Abdesselam Abdenour, écrivain et chercheur :

Posté par ddkabylie le 20 avril 2010

Abdesselam Abdenour, écrivain et chercheur :
“Plus jamais personne n’entraînera la Kabylie dans une quelconque aventure”

Sans ambages et avec son habituel franc-parler, Abdeslam Abdenour, écrivain et chercheur, a répondu aux questions de la Dépêche de Kabylie. Nous reviendrons avec lui sur le contexte de la célébration du 30e anniversaire du Printemps berbère, des acquis mais surtout des perspectives qui se présentent.  M. Abdesselam s’est également prononcé sur des questions d’actualité à l’image de la publication prochaine d’un livre sur le colonel Amirouche mais aussi nous donne son point de vue par rapport au combat identitaire au Maroc à travers une intéressante comparaison des deux systèmes d’enseignement de la langue amazighe.

La Dépêche De Kabylie : La Kabylie commémore le double anniversaire des Printemps berbères, quel est votre sentiment ?
Abdesselam Abdenour : Ma pensée va d’abord aux 126 jeunes Kabyles lâchement assassinés en avril 2001 et je m’incline très respectueusement devant leur mémoire. Il y est une tradition en Kabylie celle d’entretenir la mémoire sur les événements communs qui la traversent. C’est même une tradition pan humaine. La Kabylie a cette particularité d’être une entité, géographique, linguistique et culturelle orientée sur un mode de vie stable et partagé. A quelques légères différences près, très insignifiantes par ailleurs, ses revendications tant sociales, économiques que politiques font d’elles un bloc assez homogène. C’est pour cette raison qu’elle accorde une importance aux grandes questions d’ordre politique et existentiel. La société civile dans son ensemble, à travers les associations de villages ou culturelles, des comités de quartiers, de lycées, au niveau des universités… font réellement dans l’enseignement de l’histoire des événements des deux Printemps berbères pour mieux aborder l’avenir. Même si le Printemps berbère est l’héritage de tous, il subsiste tout de même des tentatives de récupération politicienne qui ne se rappellent de la région qu’épisodiquement et aux grès des humeurs qu’ils entretiennent avec des centres d’intérêts divers. La Kabylie a plutôt besoin d’une conscience continuelle qui nous transcende tous autour de ce dénominateur commun et non d’astuces occasionnelles. Elle vit sans cesse sous la pression des grands problèmes socioéconomiques et dont elle attend de véritables changements et solutions. Le traumatisme d’avril 2001 semble ne pas être une préoccupation des associations politiques de la région.

Ne pensez-vous pas que les espoirs initiés par les deux Printemps semblent décevoir voire éloigner la jeunesse kabyle de la revendication berbère ?
Une cause juste peut, un temps soit peu paraître stationnaire, si j’ose dire ainsi, mais sous cette cendre d’apparence refroidie des braises continuent à scintiller. Elle peut encore fausser tous les calculs malsains possibles et imaginaires. Il appartient surtout au pouvoir de ne plus intervenir sur le terrain kabyle en fin tacticien car la Kabylie sait faire le tri entre la feinte et la sincérité. La noblesse de la chose politique ayant été décrédibilisée par les associations à caractère politique, alors plus jamais personne n’entraînera la Kabylie dans une quelconque aventure ni la mobiliser pour des desseins sournois. La nouvelle génération qui occupe le terrain n’a pas trouvé, politiquement parlant, de continuité du combat d’idées nobles. L’école sclérosante ne l’a pas non plus servie. Aussi se trouve t-elle à la croisée des chemins. La Kabylie est tout autant troublée, troublante mais surtout imprévisible.

Qu’en est-il de la problématique qui pose la question d’une seule langue berbère magrébine ?
La mondialisation fait que bien des voix s’éteignent un peu partout et il est urgent de happer les dernières voix avant que la mort ne les happe, dixit Mouloud Mammeri. La question n’est donc pas de placer des préalables qui relève plutôt de la symbolique au lieu et place des solutions d’urgence et autrement plus accessibles. Je constate que nous sommes de plus en plus nombreux à considérer que chaque parler berbère doit être consolidé dans ce qu’il constitue un véritable vecteur linguistique à part entière mais avec bien entendu les moyens et la volonté des Etats nord-africains. Pour ma part et présentement, nous devrions plutôt parler de plusieurs langues berbères. Une fois chaque assise confortée, alors et seulement alors, des objectifs autrement plus vastes géographiquement pourront constituer une approche de débat.

Quel est l’état des lieux de l’enseignement de la langue berbère en Algérie ?
L’Association des enseignants de langue berbère donnera une réponse plus détaillée que la mienne. L’enseignement régulier de notre langue reste relativement récent mais je peux dire qu’il est en train de se forger un modèle pédagogique adéquat à mesure que l’expérience s’acquière dans la pratique. L’évolution est visible et les débats auxquels j’ai pu assister le montrent bien. Il faut cependant noter que les efforts se fond encore et malheureusement dans une ambiance empreinte de divers handicapes et désavantages imposés sournoisement ou pas par le ministère de tutelle. Au plan des statistiques, nombre d’élèves et d’enseignants annoncés par le HCA, c’est encore et toujours en Kabylie que l’enseignement de la langue berbère est réel, ordonné et permanent. Dans les autres régions berbérophones du pays cela reste, hélas, une symbolique.

Peut-on faire un parallèle entre l’enseignement du berbère au Maroc et en Algérie ?
C’est très disproportionné. Au Maroc, l’enseignement de la langue berbère n’est pas officiel. Il est pour ainsi dire associatif donc provisoire et même aléatoire car la Constitution marocaine n’accorde aucun statut à la langue alors que la Constitution algérienne en a fait une langue nationale (en attendant cependant son officialité) et son enseignement est pris en charge par l’Etat algérien. L’enseignement du berbère au Maroc n’est donc pas à l’abri d’une décision arbitraire des autorités malgré l’existence de l’IRCAM, un institut où de sérieuses études se font. Notez également qu’au Maroc il y a encore des dizaines de militants de la cause berbère qui croupissent dans les prisons royales. Ce qui n’est plus le cas chez nous.

Le débat sur le système de transcription (arabe ou latin)  occupe encore le terrain. Quel est votre position la dessus ?
Dans les années 1940, s’est tenue à Beyrouth une réunion des spécialistes pour préparer à transcrire la langue arabe en caractères latins. Depuis, d’autres réunions ont eu lieu en Syrie et de nouveau au Liban, pour avancer dans cette perspective. Le projet est encore d’actualité mais discrètement pour ne pas faire réagir négativement leurs conservateurs. Pendant que la langue berbère comptabilise plus d’un siècle d’héritage dans la pratique de la transcription latine, certains, à la solde d’orientations politiques et dans le souci de protéger leurs carrières professionnelles, tentent de nous dérouter en voulant nous attarder sur le sujet. Dans la réalité actuelle, le débat a été clôturé par les enseignants et la langue berbère continue d’être transcrite en caractères universels. Tout le reste n’est que de la politique aussi vétuste que les arguments inventés par les tenants de la graphie arabe. 

En pleine commémoration des Printemps berbères, un livre vient d’être écrit à propos des dessous concernant Amirouche, quel est votre point de vue ?
Tout ce qui peut objectivement contribuer à éclairer et à redresser l’histoire de la guerre d’Algérie dans ses vérités ne peut-être qu’une bonne chose. Il faut rappeler cependant qu’à partir de 1966 tout le monde savait que les corps des colonels Si L’houes et d’Amirouche étaient séquestrés dans une salle ayant servi de dépôt d’archives de la Gendarmerie nationale sur les hauteurs d’Alger. En 1968, Yves Courrière, un des premiers historiens spécialistes de la guerre d’Algérie, a rapporté avec précision dans son livre intitulé L’Heure des colonels que Amirouche avait été “donné” par le MALG (entendre le tandem formé par Boussouf et Boumediène) de même que c’est grâce à Yves Courrière que la majorité des Algériens apprendra que Abane Ramdane a été lui aussi assassiné par les siens. Ce n’est donc pas un secret particulier mais je conviens que la nouvelle génération doit le savoir aussi et à plus forte raison si du nouveau est rapporté. La conjoncture de la parution de ce livre en ce moment reste en effet une question à poser. Puisqu’il s’agit du colonel Amirouche, je dois rappeler qu’en 1995, j’ai traduit les dialogues du film L’Opium et le Bâton en berbère de Kabylie en vue de son doublage. J’ai déposé le projet auprès du ministère de la Culture et les deux commissions qui ont siégé à six mois d’intervalle, me l’ont refusé au motif principal que j’avais rétabli le nom d’Amirouche alors estropié malhonnêtement dans le film par le nom imaginaire de Abbas et celui d’Akli également transformé en “Bouguelb”. J’avais alors largement dénoncé ce refus arbitraire dans la presse. En ces temps, je n’ai reçu aucun soutien et aucune voix ne s’était élevée alors contre cette double censure acharnée autour d’un nom aussi majestueux que le colonel Amirouche. Akli n’en déméritait pas moins. Il est vrai qu’à l’époque ceux qui naturellement se devaient de s’exprimer la dessus étaient plutôt en étroite amitié avec un des artisans de la troncation du film. Par la suite, j’ai dû éditer les dialogues du film en livre auprès de la librairie Aït Mouloud. Il est d’ailleurs encore disponible en librairie. Je rappelle tout de même que Mouloud Mammeri, auteur du roman L’Opium et le Bâton, a refusé de se reconnaître dans l’œuvre cinématographique qui en a été faite. C’est sans commentaire n’est-ce pas ?

Entretien réalisé par Omar Zeghni

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