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    ddkabylie

Brahim Tazaghart

Posté par ddkabylie le 20 avril 2010

 

Brahim Tazaghart
“Nous devons inventer d’autres façons de faire, d’autres méthodes de lutte”

Brahim Tazghart est l’un des rares militants de la question amazighe à s’être soustrait à la militance anachronique. A chaque phase du combat, il insuffle l’énergie et l’intelligence qu’il juge idoine pour faire aboutir tamazight, langue et culture. Depuis quelques années, il a  investi le terrain de la production littéraire et celui du monde de l’édition. Avec d’autres intellectuels, il s’apprête, ce printemps-ci,  » à élaborer  et dans la liberté, un projet pour le développement de la langue amazighe « . Il nous en parle dans cet entretien.  

La Dépêche de Kabylie : Ne trouvez-vous pas qu’au moment où tamazight, langue et culture, a acquis des espaces de liberté et, par voie de conséquence, a besoin de plus de réalisme productif, elle est chahutée par « l’exhibitionnisme » circonstanciel sur la place publique ?
Brahim Tazaghart : Vous touchez là à un problème très sensible, celui de l’environnement politique dans lequel évolue tamazight et des forces en présence intéressées par son sort. Je crois que la problématique a besoin de beaucoup d’attention et d’un consistant effort de défrichage et d’élucidation. Sans cet effort, nos tentatives d’apporter des réponses à des problèmes qui handicapent la promotion de tamazight resteront sans grandes efficacités.
Pour comprendre le moment actuel, avec les positions et les comportements des uns et des autres, il faut partir du constat suivant : c’est au moment même précis ou tamazight enregistre des avancées au double niveau institutionnel et constitutionnel que tout le monde s’accorde à dire qu’il y’a stagnation et recul dans le champ des libertés démocratiques ! Avancée et recul, l’éternelle dialectique. Vous voyez, devant cet état des lieux, les militants de tamazight qui ont toujours liée leurs revendications au combat pour les libertés démocratiques se retrouvent  » théoriquement  » piégés. Comment faire ? Comment gérer une situation aussi complexe sans brader ses principes ? Peut-on reconnaître les avancées politiques arrachées de haute lutte sans prendre le risque de cautionner un pouvoir que nous nous attelons à combattre ? Toutes ces questions traversaient et traversent des pans entiers de militants. C’est cette situation politiquement délicate qui a provoqué des déclarations de type : “La reconnaissance constitutionnelle de tamazight est un leurre”, “La reconnaissance de tamazight comme langue nationale est une ruse de guerre”. Des déclarations dangereuses, irréalistes, et qui relèvent plus de la désinformation et de la manipulation des masses que d’autre chose. Le pire dans notre cas, c’est que pouvoir et Etat sont confondus, réformisme et radicalisme comme moyens de changement sont mélangés dans un cocktail invraisemblable. Par là, c’est toute la crise algérienne que l’on retrouve à chaque fois rattachée à l’avenir de tamazight. Or, depuis l’instauration du pluralisme politique et médiatique, tamazight a cessé d’être la seule locomotive du combat démocratique. Elle est une revendication comme toutes les autres, et qui peut évoluer selon ses besoins et sa cadence. D’ailleurs, les avancées qu’elle enregistre doivent conforter le combat de tous. Il faut les capitaliser pour le meilleur de notre langue et de notre pays. Les capitaliser, signifier aussi évaluer leurs limites et proposer des dépassements. Aussi, et pour avoir une vision claire, il faut rappeler que le pouvoir assume la grande part de responsabilité. En effet, la reconnaissance de tamazight comme langue nationale en 2002 n’a pas empêché les forces de sécurité de tirer encore et encore sur les jeunes émeutiers à balles réelles. Ainsi, au lieu de fêter cet acquis, les gens pleuraient leurs morts ! Cela a laissé de profondes séquelles. Et les séquelles, comme vous le savez, empêchent la raison de s’installer et l’intelligence de prendre place, d’autant plus que les artisans du chaos ne désarment jamais.  Comme vous dites, au lieu de s’émanciper de cette situation, de s’élever au niveau des exigences de notre cause et de mettre les moyens au service de tamazight comme langue et culture, au lieu de réfléchir aux meilleurs moyens pour soutenir son règlement définitif, des hommes politiques en mal de positionnement persistent à ne voir en tamazight qu’un simple outil de pression. La population est témoin de l’indifférence de beaucoup d’assemblées élues gérées par des Partis démocrates qui occupent aujourd’hui la rue afin de revendiquer l’officialisation de Tamazight. S’il faut maintenir contre vents et marrées cette revendication, il faut dire aussi que l’officialisation première peut l’être au niveau des assemblées communales à travers l’affichage des délibérations et autres informations en tamazight. Ces présences symboliques de tamazight sont très importantes. Vous vous rendez compte que depuis l’ouverture démocratique à ce jour, aucune APW de la région de Kabylie, ni ailleurs, n’a organisé une simple session pour la promotion de la langue amazighe ! C’est scandaleux ! Les institutions élues sont aussi des institutions de l’Etat ! L’Etat n’est pas le pouvoir. Même si le pouvoir veut se l’accaparer, il faut le soustraire par l’exercice total de ses responsabilités. C’est cela le combat pour un Etat de droit.
 
L’élite qui se “défoule” sur Facebook et d’autres espaces virtuels (au sens propre et figuré) plutôt que d’occuper le terrain de la production intellectuellement visible ne serait-elle pas responsable de cette inertie qui caractérise nos Avrils ?
— Au-delà de l’élite, l’ensemble social vit un grand décalage entre le virtuel comme vous dite et le réel. Nous vivons un énorme problème de maîtrise du concret à tous les niveaux. L’énoncé théorique n’est pas toujours suivi d’effet pratique. Cette situation problématique interpelle l’élite dont vous parlez. Celle-ci doit sortir en premier lieu du virtuel et prendre des risques. La classe politique ne lui donnera pas la place qu’elle mérite de son plein gré, parce que l’élite est le premier contre pouvoir, la productrice des idées et des critiques constructives. Et les pouvoirs politiques ont toujours peur des critiques constructives parce qu’elles les placent dans des positions inconfortables où les parades ne leurs sont pas faciles. Les pouvoirs préfèrent les critiques irrationnelles, mélangées à l’insulte et à l’invective, car les réponses à l’insulte ne nécessitent pas de l’intelligence. L’élite est responsabilité. S’il y’a aujourd’hui un déficit dans le niveau des débats, dans la maîtrise des enjeux, une inertie comme vous dites, elle assume l’entière responsabilité. Avril 1980 est venu grâce au travail intellectuel des Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Taos Amrouche, Ben Mohamed et autres. Aujourd’hui, l’élite est sous l’emprise de la classe politique, du partisan ; elle manque de générosité et d’engagement désintéressée. Elle doit s’émanciper de ses tutelles stérilisantes.  Ce 30e anniversaire du Printemps amazigh est l’occasion pour elle pour se réinvestir. Tous, écrivains, enseignants, artistes, peintres, sont appelés à élaborer ensemble et dans la liberté, un projet pour le développement de la langue amazigh. Tamazight a besoin d’un projet, sa promotion ne doit pas se reposer sur l’improvisation et le hasard des rapports de force  construits en dehors d’elle ou contre elle.

A ce propos, des romanciers, cinéastes, journalistes, enseignants et autres intellectuels, dont vous faites partie, semblent être décidés à réinventer Tafsut. Parlez-nous-en.
 Actuellement, beaucoup de gens parlent du blocage, d’impasse, d’échec. Je crois que l’impasse est dans les têtes, l’échec est dans l’incapacité à s’émanciper des contraintes, de toutes les contraintes, pour aborder l’avenir avec ambition et sérénité. A vrai dire, la situation actuelle n’est pas plus difficile que celle vécu par Mammeri, Haroun, Naziha et autres. Penser le contraire, c’est être simplement contre le mouvement de l’histoire.
Nous, au lieu d’admettre le statut d’otages du passé et des luttes groupusculaires et partisanes de ces dernières années, nous avons décidé de penser à l’avenir, de prévoir, d’anticiper. Vous savez, penser l’avenir nous libère de nos limites, de nos obsessions, de nos peurs. Nous avons pensé à un projet qui va s’étaler sur 10 années, avec des objectifs, des moyens, des délais. 2020 n’est pas loin. 2020 est devant nos portes. Nous voulons faire de cette décennie qui nous sépare, de cette date une chance pour tamazight. Que ce soit à l’université, à l’école, dans l’édition, au cinéma, tamazight se développera comme jamais avant. Pour le permettre, le mouvement qui portera ce projet doit se libérer des chapelles et des tutelles. Le statut de tamazight, langue nationale sera rentabilisé au maximum. Celui-ci n’est pas un leurre comme cultivé par des esprits perturbés, mais une vérité juridique qui soutiendra tamazight contre toute négligence lorsque nous exigerons son respect et sa mise en œuvre. Cet article, dans son esprit et dans son corps, interdit à toute autorité l’interdiction de toute action culturelle en faveur de tamazight. Et dans l’avenir, toute personne qui osera une action contre notre langue, partout, au niveau national, sera poursuivi en justice et répondra du crime de violation de la constitution. Nous allons le faire. Je crois que pour pouvoir réinventer Tafsut, nous devons inventer d’autres façons de faire, d’autres méthodes de lutte.

Comment définiriez-vous  le concept militance, 30 ans après Tafsut 80 ? “Ad nerrez  u ala ad neknu” est-il toujours d’actualité?
– 30 ans après 1980, je définis le militant comme un citoyen agissant, remplissant ses devoir et exigeons ses droits sans retenu et sans concession aucune. “Ad nerrez u ala ad neknu” ? Non, je refuse de me casser ni de me plier. Nous devons travailler à inverser le cours de l’histoire en sortant une fois pour toute de la défensive qui nous étouffe. Sortir de la défensive, c’est prendre des initiatives en faveur de notre langue, de notre culture, de notre pays, de notre région, de l’humanité qui est notre famille.

J’ai lu dans un entretien que vous avez accordé à un confrère que votre aïeul avait imploré Dieu “ad as-d-yefk irgazen, ghas d wid ara tt-yezenzen”. D’abord vendre quoi: l’âme, la terre, Taqbaylit… (Ce vocable que vous ne semblez pas affectionner) ? La progéniture de cet aïeul formulerait-elle, aujourd’hui, la même Prière ?
— Ali U-Si Hmed (ma famille porte un Si sans qu’elle soit marabout) mon aïeul, possédait presque la moitié de ce que possédait tout le village de Takerboust. Seulement, il n’avait pas d’enfant qui allait hériter et perpétuer son nom. Sa prière, faite sur le col de Tirurda, dans le brouillard de l’aurore, a reçu une réponse immédiate du destin : le cri d’un chacal dans le silence sourd des lieux. Cette histoire et d’autres m’habitent, elles sont en moi, elles constituent, peut-être, la source première de mon inspiration littéraire. Vous savez, la morale de cette histoire est la suivante : l’homme a plus de valeur que toutes les richesses sur terre ! Et cette vérité me rappelle des voix qui, au nom du combat amazigh, appellent à l’autodétermination du peuple touarègue qui est estimé à 1.000.000 de personnes. Autodétermination signifie en Sciences politiques création d’un Etat. Celui-ci ne peut l’être sans la partition des Etats comme l’Algérie, le Mali, le Niger, le Tchad…. Cela réclame une guerre des plus féroce et de laquelle, vous pouvez l’imaginer, aucun targui ne sortira vivant. La question qui me traverse l’esprit est la suivante : Créer l’Etat touarègue pour qui ? Je crois que l’homme amazigh doit se concentrer sur ses intérêts, il doit rompre avec l’esprit de l’éternel colonisé, le sous-traitant, la chair à canon. Nos femmes ont assez pleuré pour que tel ou tel savoure une vie de princesse. Ce 30e anniversaire du Printemps amazigh est une occasion pour un nouveau départ. Il est temps.

Entretien réalisé par T.Ould amar

4 Réponses à “Brahim Tazaghart”

  1. amsebrid dit :

    Je n’arrive à lire l’entretien avec Brahim Tazaghart.

  2. Commandant Richard/aka Rahal Hawari. dit :

    http://www.lerevolter.com/tamazig/

  3. Hawari Rahal dit :

    Azzzzuuuulll flawen….Great Site and good luck a gma…
    TAMAZGHA, POUR LES IMAZIGHANES..Les Arabes, sont chez les Imazighanes ! Et Jamais les Imazighanes, chez les Arabes,a Tamazgha. Ourtn nakssoud.Ouratn kssoud.
    Signed Commandant Richard Ben Azzouz, Agurzam ntmazight.

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