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Entretien avec Belaïd Abrika, délégué de la CADC et ex-porte-parole de la délégation des 24

Posté par ddkabylie le 20 avril 2010

 Entretien avec Belaïd Abrika, délégué de la CADC et ex-porte-parole de la délégation des 24
Les Aârchs sont affaiblis par de multiples adversités

Neuf ans après les tragiques évènements du Printemps noir, les Aârchs se sont retrouvés hier à Beni Douala pour une cérémonie de recueillement.

La Dépêche de Kabylie : Dans quelle ambiance cela s’est-il passé et dans quel contexte interne les Aârchs se sont retrouvés hier ?
Belaïd Abrika : En effet, en ce double anniversaire du trentième anniversaire du déclenchement des évènements du Printemps amazigh, suite à l’empêchement de Dda Lmouloud At Mâammar à donner une conférence sur la poésie ancienne et à la neuvième année après le carnage provoqué par les comploteurs criminels du régime suite à l’assassinat du jeune lycéen Guermah Massinissa et à l’enlèvement des collégiens de Ouad Amizour, nous nous sommes donnés rendez-nous pour cette cérémonie solennelle pour rappeler que nous sommes toujours là et nous refusons d’abdiquer face au louvoiement des détracteurs de tous bords. La rencontre d’hier est porteuse d”espoir ; l’ensemble des présents ont exprimé le souhait de reprendre leurs activités au sein des structures du mouvement citoyen, qui ont été réduites au strict minimum, ces derniers temps. Le débat s’est déroulé dans un esprit de fraternité, un programme d’actions est déjà fixé. La première partie concerne les martyrs et les victimes du Printemps noir (les blessés et ceux ayant subi des dégâts matériels), il s’agit d’un dossier lourd que certains prennent à la légère ; en plus de ce qui ne sont toujours pas indemnisés. Nous pensons à ceux qui ont subi les préjudices physiques et morales qui ne peuvent pas être réparés sans une véritable prise en charge au cas par cas dans une insertion sociale équitable ajouter à cela la question fondamentale de l’impunité, une des clés de la crise, qui demeure posée entièrement, puisque les auteurs, les ordonnateurs, les commanditaires et les exécutants des 128 martyrs du Printemps noir ne sont pas inquiétés et que la justice demeure dépendante des décideurs de ce pays et la réflexion est d’ores déjà lancée sur les actions à entreprendre aux plans national et international. La deuxième partie du débat a tourné autour de la redynamisation des structures du mouvement citoyen. Nous avons convenu d’une large consultation en démarrant sur la base du dernier document adopté par l’inter-wilayas. Des échéances sont fixées pour ce travail structurel.

Pensez-vous que le chemin fait par les Aârchs jusqu’ici peut-être qualifié de positif ?

Le mouvement citoyen est né dans l’urgence, face à la situation dramatique où les balles assassines des gendarmes criminels ne cessaient de mater la jeunesse sortie spontanément, après la provocation diabolique. Nous nous sommes engagés avec la population révoltée, qui a exprimé son ras-le-bol généralisé.
Notre premier objectif était d’arrêter l’effusion du sang en s’engageant ensemble à l’auto-organisation, en exprimant les revendications recueillies auprès des assemblées générales au niveau de la base citoyenne qui a donné naissance en finale à la plate-forme d’El Kseur. Puis en se dotant des textes fondateurs de la dynamique de lutte citoyenne. Nous  nous sommes inscrits sur la voie d’un changement pour bâtir une véritable république démocratique et sociale. Ce noble objectif est inscrit dans la durée. Avoir réussi à rassembler et donner un sens à cette révolte constitue pour nous la matérialisation  extraordinaire d’un vœu générationnel. Le consensus qui s’est imposé durant les évènements tragiques  du Printemps noir est plus que positif. Au-delà des appréciations divergeantes selon les angles de vue de chacun y compris nos détracteurs qui sont nombreux. Pour nous, nous avons fait notre devoir, nous avons pris nos responsabilités et nous avons refusé d’abdiquer ou de fuir devant des situations complexes parfois même d’impasse. Nous continuons à nous battre selon nos moyens, cela est plus que positif, le recouvrement du statut de la citoyenneté et de nos droits d’ordre social, économique, culturel, linguistique et démocratique face à un régime totalitaire, criminel, machiavélique nécessite de la résistance face à la tentation clientèliste du pouvoir corrompu et corrupteur.

Comment expliquez-vous l’essoufflement précipité et inattendu des structures des Aârchs, juste au lendemain des acquis historiques ?
Votre question est pertinente. Il ne s’agit pas d’un essoufflement, mais plutôt d’une léthargie qui est due surtout à des divergences cumulées depuis 2002. Les structures du mouvement citoyen ont résisté et supporté face aux pratiques de déstabilisation orchestrées par les cercles occultes du pouvoir maffieux et assassin, le quotidien des délégués du mouvement citoyen est fait de risques permanents de liquidation, d’emprisonnement, d’intox, de privations des droits et de pressions multiples ajouté à cela les divergences multiples qui apparaissaient dans le mouvement. Les structures du mouvement citoyen et les principes fondant son fonctionnement se sont avérés à plusieurs reprises dépassés comme l’attestent les différents documents de réflexion produits par le mouvement. Le mouvement a fait face à ceux qui ont voulu le maintenir dans un statut quo. Donc le mouvement n’a pas pu faire les mutations qui s’imposaient pour mieux avancer, certes nous sommes passés d’une phase de confrontation à celle des discussions portant sur la mise en application des revendications de la plate-forme d’El Kseur suite à la signature de l’accord global officiel et public du 15 janvier 2005, qui n’est  appliqué que partiellement constituant des acquis considérables, mais largement insuffisants pour nous. On ne peut pas fonctionner de la même façon lorsque nous sommes en situation de répression et d’apaisement. Nous faisons toujours face à nos contradictions internes, c’est pour cela que nous relançons la réflexion pour une réorganisation et d’assurer un sursaut révolutionnaire apte à répondre à notre objectif qui s’inscrit dans le cadre d’un changement radical porteur de lueurs d’espoir et bâtisseur d’un Etat fort constitué d’institutions démocratiques.

Pensez-vous que le mouvement citoyen a définitivement perdu de sa verve ? Sinon comment peut-il retrouver sa force d’antan ?
Le mouvement n’a rien perdu, il est affaibli par une multitude d’adversités, d’un côté le régime a tenté l’allégeance et de l’autre les politiques la caporalisation. Nous faisons face à notre vœu de sauvegarder notre autonomie et l’indépendance du mouvement.
Le mouvement citoyen est une dynamique qui ne peut s’essouffler, avec nous ou sans nous le combat doit continuer. Nous ne pourrons pas parler dans la conjoncture actuelle en restant dans l’année 2001 qui a vu la mobilisation générale. Ce genre d’événement mobilisateur ne se produit pas tous les jours, ils ne se décrète pas. D’ailleurs, si nous nous organisons pas à temps nous seront dépassés par les évènements à venir et condamnés à revivre la catastrophe du Printemps noir.
Alors nous lançons un appel aux populations à s’organiser pour un véritable  changement et mettre un terme à cette maffia qui gouverne depuis des décennies, empêchant la société civile d’émerger comme acteur, garde fou, face aux multiples dérives que nous voyons quotidiennement.
Il faut dire que le régime incarné aujourd’hui par Bouteflika acte III et sa smala élargie à une clientèle régionaliste, qui suce le sang des citoyens et pille les richesses du peuple, profitant de la rente  conjoncturelle pour arroser sa clientèle servante. Il faut relire Ibn Kheldoun, pour comprendre les dégâts causés par cette caste au pouvoir. Au temps moderne, ils empêchent toutes les formes d’organisations démocratiques qui échappent à leur contrôle et qui ne répondent pas à la logique de soumissions, de passe-droits, d’impunités, de Hogra…
Même si nous avons reculé sur le plan de la mobilisation et de l’organisation au moment où le pouvoir se renforce par la rente de conjoncture, l’espoir est permis car les causes justes finissent toujours par triompher. Comme le dit Matoub : la résistance.
Il est grand temps de se reconnaître et de s’organiser pour un changement véritable sur des bases solides, de justice, d’égalité, de respect de la diversité et des différences de chacun.

Comment voyez-vous l’avenir de la Kabylie, avec ou sans les Aârchs ?
La Kabylie, l’avant-garde du combat démocratique de l’Algérie demeure toujours le bastion des luttes démocratiques et sociales porteuses d’émancipation de citoyens malgré sa marginalisation par les tenants du régime islamo-baâtiste conservateur répandant la terreur, la hogra, l’exclusion sociale, le déni identitaire et le droit antinomique aux valeurs véhiculées depuis la nuit des temps par les autochtones d’Afrique du Nord.
La Kabylie reprendra  ses forces, elle a des capacités, elle reconnaîtra les siens, elle a suffisamment de repères et d’expérience. De la Kabylie jaillira la lumière, qui va rayonner sur son territoire, éclairera le reste du territoire de Tamazight. On ne peut  concevoir d’avenir à la Kabylie dans l’exclusion des uns et des autres parmi les acteurs qui la composent.
Chacun peut contribuer en apportant sa pierre à l’édifice de la région de Kabylie. Aplanir les divergences, à base d’un projet commun partant des réalités propres à la région de Kabylie édifiant un socle commun fondé par nos valeurs communes.
Donc l’avenir de la Kabylie dépendra de ses authentiques enfants, femmes et hommes.
Ulac smah ulac et le combat continue.
Mes pensées vont pour les militants sincères de cette même Kabylie, à Matoub, à Mammeri, à Haroun, à Bessaoud, à Benaï, à Imache et à tous ceux qui ont consenti des sacrifices pour notre cause amazighe et des libertés démocratiques…

Entretien réalisé  par Ahmed Benabi

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