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Entretien avec Massin Ferkal, président de Tamazgha

Posté par ddkabylie le 20 avril 2010

Entretien avec Massin Ferkal, président de Tamazgha
« La Kabylie a besoin de ses enfants vivants ! »

Sollicité pour nous faire un compte-rendu du rassemblement tenu, le 18 avril à Paris, à l’occasion de la célébration du double anniversaire du Printemps amazigh et du Printemps noir, Massin Ferkal, a bien voulu répondre à nos questions. Ecoutons-le.

La Dépêche de Kabylie : 30 années après le soulèvement du 20 avril 1980, quel bilan en tirez vous de ces trois décennies de lutte pour tamazight ?
Massin Ferkal : Le 20 avril 1980 et la révolte populaire qu’il a suscité en Kabylie fut un détonateur au marasme explosif de deux décennies de domination d’un système totalitaire qui a semé la terreur et qui a mis au centre de ses préoccupations l’éradication de l’amazighité en lui suppléant deux principes : arabité et islamité. Le Printemps berbère a ainsi libéré la parole et popularisé la revendication amazighe qui est enfin sortie dans la rue. Si le combat pour l’amazighité a connu un tournant en ce Printemps 1980, le mouvement culturel berbère qui en est né a joué un rôle important dans l’amorçage d’autres combats notamment en matière de démocratie et de droits de l’homme.
Les effets d’avril 1980 ont traversé les limites de la Kabylie pour des échos à travers l’ensemble de Tamazgha (Afrique du Nord).
On peut donc dire que le combat amazigh a fait un pas géant grâce au 20 avril 1980.
En revanche, trente ans après beaucoup reste à faire dans la mesure où nous sommes encore à subir l’impérialisme arabo-musulman qui a programmé l’éradication de l’amazighité de l’Afrique du Nord. Ce qui doit nous inciter aujourd’hui à réfléchir sur une stratégie efficace à même de nous sortir de l’impasse dans laquelle nous nous sommes mis.
En conclusion, si le combat amazigh a fait un énorme bond trente ans après le Printemps berbère de 1980, beaucoup reste à faire pour espérer une véritable libération.

Pour cette année, une trentaine d’associations amazighes de France ont appelé à un rassemblement tenu avant-hier, le 18 pour commémorer cette date, peut-on avoir un compte rendu de votre activité ?
En effet, trente cinq associations au mouvement amazigh se sont accordées pour mener une action commune afin de marquer le trentième anniversaire du Printemps amazigh du 20 avril 1980, une date si symbolique pour le monde amazigh. Ces associations ont réussi le défi d’unir leurs forces et mener unes action collective, une action qui a pleinement atteint son objectif. En ce sens, le premier bilan à faire, et c’est le plus important, me semble-t-il, c’est cet aboutissement d’un projet collectif.
Dès le départ, nous avions insisté sur le fait que le collectif devrait être ouvert à toutes les associations et à tous les acteurs de la question amazighe quelle que soient leur sensibilité. Le but étant, dans notre diversité, d’arriver à marquer ensemble ce trentième anniversaire du Printemps berbère : c’est chose faite.
Ceci dit, les associations membres du collectif se réuniront incessamment pour, justement, faire le bilan de cette action commune.

Dans le texte de votre déclaration, nous pouvions lire ;  » nous affirmerons notre refus d’être sans cesse amalgamés parce que nous ne sommes ni à négliger ni négligeables « , serait-il une manière d’affirmer l’identité amazighe et leur différence par rapport aux autres diasporas ?
Ce n’est pas tant l’affirmation de la différence qui nous intéresse, nous tenons juste à ce que, en France en particulier, Imazighen soient reconnu en tant que tel. Il faut que l’on cesse l’amalgame et la catégorisation des Nord-africains dans l’ensemble arabe et musulman. L’opinion, les médias, mais surtout la classe politique française, doit comprendre que même s’il y a des nord-africains qui se considèrent arabes, nombre d’autres, et c’est probablement la majorité, ne le sont pas et tiennent à ce qu’ils soient reconnus dans leur véritable identité à savoir : Imazighen. Quant à l’islam, il est ridicule, à l’aube du XXIe siècle et sur un territoire  acquis depuis longtemps à la laïcité, de lier l’origine ethnique ou géographique à une religion. Imazighen n’ont pas de religion qui leur colle à la peau : ils sont de toutes les religions et d’aucune en même temps. Aujourd’hui, il y a des Imazighen qui sont de confession juive, de confession chrétienne, de confession musulmane, d’autres qui sont agnostiques, des animistes et, bien sur, des athées.
Il est évident que nous ne sommes pas à négliger : aujourd’hui, en France, nous sommes plus de deux millions ce qui nous place parmi les plus importantes  » communautés  » issues de l’immigration sinon la plus importante.

La plaie du Printemps noir est toujours béante, comment la diaspora kabyle de France, notamment a-t-elle vécu les événements sanglants qui ont coûté la vie, faut-il le rappeler, à 126 jeunes Kabyles et causé des milliers d’estropiés ?
Les Kabyles et l’ensemble des Imazighen de l’Hexagone ont été profondément touchés par la répression sauvage qu’a subie la Kabylie en 2001; il faut dire que l’Etat algérien s’est comporté comme un véritable régime colonial. L’ensemble des associations, des artistes et différents acteurs du mouvement amazigh se sont mobilisés pour apporter leur soutien au combat des Kabyles. Plusieurs manifestations ont eu lieu pour exprimer la solidarité avec la Kabylie mais également pour porter la question sur le plan international.
Diverses actions ont été menées et parmi elles la mise en place d’une  » Coordination de solidarité avec la Kabylie  » qui a fait un énorme travail de sensibilisation de l’opinion internationale et mobilisé la communauté kabyle en France.
Il y a eu notamment de nombreuses marches dont l’une avait rassemblé plus de 15 000 personnes.

Si l’on essaye d’anticiper sur l’avenir, quel en sera celui de la Kabylie et des Tamazight ?
Je ne peux pas spéculer sur l’avenir de la Kabylie et encore moins sur celui de Tamazight.
Le seule chose qu’on peut souhaiter est que, aussi bien en Kabylie qu’ailleurs, Imazighen arrivent à conjuguer leurs efforts pour en finir avec les régimes qui ont programmé leur disparition. Tamazgha et Tamazight méritent mieux que le sort que leur font subir les Etats nés du colonialisme.

Vous étiez témoin du mitraillage du rebel à Michelet lors des événements d’octobre 1988, pouvez-vous nous relater ces douloureux souvenirs ? 
Effectivement, j’étais témoin de cet acte qui illustre toute la haine que porte l’Etat algérien au fait amazigh, à la Kabylie et aux Kabyles. Lounès Matoub a été mitraillé à bout portant par un gendarme algérien devant mes yeux alors qu’il avait les mains en l’air. Pour moi, c’était quelque chose de très difficile à vivre : j’ai eu à porter son sang sur mon pantalon une semaine durant alors que je ne savais pas s’il était mort ou vivant, étant, avec mon camarade feu Mehdi Siam, dans les cellules de la défunte sécurité militaire algérienne. Comme il est très difficile de relater un tel évènement en quelques mots, peut-être pourrions-nous revenir là-dessus à une autre occasion.

Un mot pour terminer ?
Parlant de la Kabylie, mon souhait est de la voir, enfin, engendrer une élite responsable qui pensera à la Kabylie et à ses intérêts dans l’abnégation sans chercher à rentabiliser son militantisme. Et aujourd’hui, plus que jamais, les Kabyles doivent être vigilants et ne pas favoriser les éventuels plans machiavéliques fomentés par le pouvoir et qui auraient pour conséquences la mort de notre jeunesse. La Kabylie a besoin de ses enfants vivants !

Entretien réalisé par M. Mouloudj

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