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Rabah Bellaouane, protagoniste du Printemps berbère

Posté par ddkabylie le 20 avril 2010

 

Rabah Bellaouane, protagoniste du Printemps berbère
“Toute la dynamique actuelle se nourrit du Printemps berbère”

La Dépêche de Kabylie : Dans quel contexte est né le Printemps berbère, selon vous ?
Rabah Bellaouane : A vrai dire, plusieurs éléments sont entrés en jeu, le Printemps 1980 est intervenu dans un contexte singulier avec la main mise du parti unique sur l’appareil de l’Etat, ce dernier a révélé dans sa composante culturelle, politique et idéologique des agissements radicaux, avec un mélange de nationalisme, d’arabisation et d’islamisme le tout parsemé d’un Etat policier, il n’y avait pas de diversité culturelle, les Berbères étaient marginalisés, et les intellectuels de l’époque étaient surveillés, les apparatchiks du parti unique ont totalement omis et sous-estimé l’amazighité. Face à ces pratiques, le mouvement a commencé à prendre forme, les protagonistes, les militants et les étudiants commençaient à se mobiliser, et je tiens en cette occasion à rendre un hommage à la première victime du Printemps noir, le jeune Kamal Amzal, étudiant de vingt ans qui a été assassiné non pas par des étudiants mais par des terroristes, et je trouve scandaleux que ses assassins soient jugés lors d’un procès expéditif.
Le printemps est venu bouleverser la façade et l’anti-chambre du FLN, et à aucun moment, une voix politique ne s’est soulevée pour soutenir les revendications populaires et non partisanes d’un peuple complètement marginalisé. Et je tiens à préciser que le Printemps 1980 était un mouvement pacifique. Autre chose, on a souvent tendance à oublier une date-clé, la marche du 7 avril et il fallait avoir le culot d’aller affronter la présidence et je me rappelle à l’époque qui un jeune s’est fait écrasé par un fourgon de police. Et je le redis encore, c’est toute la société civile qui s’est soulevée.

Justement aujourd’hui, plusieurs protagonistes font dans la subjectivité et détournent le Printemps berbère à des fins politiques à travers des livres, …
Chaque personne est libre d’écrire un livre, ça fait plaisir et c’est un enrichissement de plus, néanmoins, ce n’est pas aux protagonistes d’écrire l’histoire, ni encore moins les hommes politiques, mais c’est aux historiens. Il est vrai qu’un mouvement se constitue d’une élite intellectuelle et culturelle, mais les citoyens ont joué un rôle clé, c’est cette mobilisation qui a fait chambouler le climat qui régnait à l’époque, et ce n’est pas à moi ou une autre personne de s’autoprocurer cet événement.

Aujourd’hui, la jeune génération est-elle suffisamment armée pour porter le combat ?
Je pense que la jeune génération est assez consciente, on a besoin d’une dynamique pacifique, notamment la mobilisation des universitaires et les intellectuels, aujourd’hui, heureusement la Kabylie continue de marcher pacifiquement afin de ne pas laisser mourir les revendications de 80, le combat est de jour d’actualité notamment en Kabylie, une région qui est malheureusement marginalisée, elle ne mérite pas d’être punie comme ça, la Kabylie ne veut guère abdiquer et c’est un signe fort de la part de ses citoyens.

Aujourd’hui la Kabylie est totalement délaissée par l’Etat. Quelle lecture en faites-vous ?
Effectivement, on constate une inertie en Kabylie sur tous les plans, culturel, économique et social, la région est totalement délaissée, pas d’investissements à l’horizon alors que d’autres régions bénéficient de subventions importantes, c’est ce qu’on appelle la centralisation, il est urgent que l’Etat intervienne il faut donner les moyens à la région, réanimer le mouvement culturel au sein des universités, car la région est soumise à une véritable économie de bazar, mais les citoyens fort heureusement n’ont pas baissé les bras, et je cite à titre d’exemple la forte mobilisation ces derniers jours afin de libérer  l’otage à Boghni, c’est une véritable démonstration de solidarité et un  message fort à l’adresse des autorités. On constate aussi un taux très élevé de chômage, le suicide qui a atteint des proportions alarmantes, l’Etat doit intervenir. La Kabylie a besoin d’un plan spécial, car elle est pauvre et l’organisation est morte, malheureusement, on a tout fait pour tuer le développement de la culture dans cette région.

Revenons-en au Printemps berbère. Ne pensez-vous pas que ces événements ont été le véritable déclic pour d’autres causes ?
Evidemment, c’est à partir de cette date que les choses ont commencé à bouger, les langues se sont déliées et les opinions se sont exprimées en dénonçant publiquement la faillite du système, et Octobre 88 en est la preuve, mais des mouvements ont aussi profité pour élargir leurs réseaux. Le pluralisme et le multipartisme ne sont pas venus comme ça, c’est un long combat qui a débuté en 1980 et qui continue encore, l’Algérie a payé un lourd tribut avec la mobilisation de toutes ses forces.

Comment analysez-vous le mouvement citoyen aujourd’hui ?
Je constate que le mouvement est de plus en plus axé dans la rue, je prend l’exemple de la Kabylie qui revendique la décentralisation du pouvoir vers les collectivités, il est temps de libérer les énergies et les marches ainsi que les différentes manifestation pacifiques qui sont tenues à travers la Kabylie. C’est un mouvement solide qui continue encore sa lutte, et aujourd’hui, il est temps de revisiter le Printemps 80, c’est l’une des solutions pour porter le pays vers un développement culturel, économique ainsi qu’un épanouissement social. Pourquoi craint-on autant la culture qui est la base de tout développement, la force du mouvement doit demeure dans la lutte pacifique, il ne faut pas sombrer dans la violence, la Kabylie a assez payé et je me doit de m’incliner à la mémoire des personnes décédées durant le Printemps noir, ainsi que des amis à moi qui n’ont pas eu la chance de vivre pour constater les changement notamment l’enseignement de tamazight à l’école. Néanmoins, je regrette une chose, c’est la politisation du mouvement aujourd’hui, la récupération politique ne doit pas exister, car le mouvement appartiens au peuple, le Printemps 80 était le déclic vers la démocratie et on devrait s’en inspirer, Avril 80 n’est pas mort et toute la dynamique actuelle se nourrit du Printemps berbère. 

Pouvez-vous nous raconter les faits à l’époque ? 
Il me faut un bouquin pour relater tous les faits. A l’époque, on avait vraiment des convictions, c’est cette force qui nous guidait pour affronter tous les obstacles et traverser un chemin épineux et parsemé d’embûches. J’était dans la liste des 24 personnes emprisonnées, on a galéré, on s’organisait dans des troupes théâtrales pour nous exprimer, lorsque l’un de nous commencea à se décourager, on lui procura tout de suite de l’assurance, c’était notre force, cette solidarité qui nous habitait, évidemment, les intellectuels ont joué leur rôle, je tiens à vous dire que même des personnes qui n’étaient pas Kabyles se sont jointes à notre cause. Je suis Algérois, mais j’ai des origines kabyles que je ne peux renier, quelque chose nous manquait, cette liberté indispensable pour l’être humain, mais nos revendications se heurtaient à divers obstacles, mais à force de lutter, on a pu arracher des victoires, et une chose est sûre, Avril 80 a été le chemin vers la démocratie, mais la route est encore longue et la lutte pacifique doit continuer au sein du peuple, car c’est là que la cause puise sa force.

Entretien réalisé par Hacène Merbouti

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