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Lahcène Bekhouche / Un survivant des tragiques massacres

Posté par ddkabylie le 7 mai 2010

 

Lahcène Bekhouche
Un survivant des tragiques massacres

A Kherrata, il subsiste des lambeaux de mémoire, des rares survivants… et des lieux témoins de cette ignoble boucherie. Des témoins, acteurs et rescapés d’une barbarie, d’une boucherie que l’histoire n’a jamais assez condamnée. Que les acteurs n’ont jamais vraiment reconnues. “Un crime, resté impuni”, lit-on dans les statuts de la fondation présidée par Bachir Boumaza.
Retour sur l’une des nombreuses pages noires du colonialisme à travers un récit vivant et émouvant. Celui de Lahcene Bekhouche, condamné à mort à Kherrata au lendemain des émeutes. Le 8 Mai 1945 a commencé de la mosquée de la gare à Sétif. Il a pris fin, près de huit jours plus tard avec la fin de la répression féroce de l’armée coloniale. Aujourd’hui, des stèles commémoratives, érigées dans divers espaces des villes et des régions touchées, notamment à Sétif, Guelma et Kherrata, rappellent à la postérité l’horreur vécue. Elles rappellent aussi combien ces évènements ont influé sur la suite de l’occupation française, comment ils ont pesé dans la prise de conscience d’une indispensable révolte armée ; pour nombre d’historiens d’ailleurs, ils ont carrément précipité le recours au mouvement nationaliste, à l’insurrection : ils seraient donc tout simplement le prélude à la guerre de Libération, déclenchée neuf ans plus tard par la FLN. Le 8 Mai 1945 peut-être servi dans la conjoncture de l’époque, de détonateur, il a montré aux Algériens que, s’ils voulaient avoir leur propre drapeau, leur liberté et leur dignité d’humains, ils ne pouvaient qu’envisager un affrontement direct et violent avec cet occupant qui ne s’est guère gêner à la première occasion de tirer sur des foules, d’incendier des maisons, de décimer des familles, d’égorger des Algériens  et exploser les têtes des enfants. Il leur a montré le chemin de la libération et la voie de la détermination. A Kherreta, une localité paisible, à mi-chemin entre deux grands pôles urbains, Sétif et Béjaïa, personne ne se doutait de rien. La rumeur était gardée au secret. “Il faisait beau”, évoque Lahcene Bekhouche, scout parmi scouts, Kherrata, une ville cernée par les collines, des collines rocheuses, qui lui garantissent la pureté de l’air et la bonté du cœur. Sa relative renommée, elle la doit à ses gorges, ses merveilleuses gorges qui la relient aux autres contrées de la Kabylie.
Lahcene Bekhouche, un garçon actif de vingt ans avait déjà connu la prison pour avoir distribué des tracts, en réalité des formulaires destinés à récolter des fonds d’aide aux scouts. Pendant une semaine, l’armée française, renforcée par des avions et des chars, se déchaîne sur les populations et tue sans distinction, lorsque le bus la reliant à Sétif parvient à Kherrata, Lahcene Bekhouche remarqua qu’il porte des traces de balles en de nombreux endroits. Un certain Bouhaoui propage l’information. Des villages affluèrent les hommes et se mirent à incendier des édifices publics. “Moi même, j’ai mis le feu à la poste et à la justice”, s’enorgueillit Bekhouche, dont la silhouette ne passe jamais inaperçue à Kherrata.
“Lorsque les chars ont commencé à semer la mort, nous nous sommes enfuis dans la montagne. Deux jours plus tard, nous étions de retour, à la faveur d’une prétendue promesse d’indépendance du général De Gaulle”, témoigne-t-il. Rassemblés dans la cour de la caserne, les hommes entendirent le caïd prononcer des condamnations à mort contre 45 d’entre eux, dont Bekhouche. Il n’a rien oublié de ce bitume brûlant sur lequel il était couché dans cette caserne, rien oublié des visages livides de ses copains de cellule qu’on emmenait pour être achevés dans la montagne, rien oublié du chef des scouts, le Dr Hanous, liquidé en même temps que ses deux rejetons, rien oublié de la mine effarouchée de ces femmes qui ont dû accoucher sous les ponts de Kherrata, rien oublié de ces oueds qui puaient le pestilence des cadavres et que les colons arrosaient de sable, rien oublié de ses quatre amis exécutés, ni de cet adjudant de Blida qui lui a sauvé la vie en le transférant à Sétif, ni de Bachir Ibrahimi et du Dr Saâdane rencontrés à la prison de Constantine, ni de ce fameux Bendjelloun qui a pu lui obtenir une commutation de peine (de condamné à mort à Constantine à perpétuité). Finalement, Lahcene Bekhouche restera à la prison de Maison-carrée (El-Harrach) jusqu’à l’indépendance du pays, le 5 Juillet 1962, des années après, demeure ainsi l’effort de mémoire de ces hommes. Demeure également l’appel de ces militants à la reconnaissance. C’est le moindre des mérites.

S. Chenouf

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